La Compagnie de Jésus (jésuites)

Fondée par Ignace de Loyola et ses compagnons en 1539, puis approuvée par le pape Paul III en 1540, la Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés jésuites. Elle fut dissoute en 1773 par le pape Clément XIV à la suite de controverses et de pressions exercées sur Rome par les gouvernements laïcisant d’Europe, mais elle fut rétablie en 1814 par le pape Pie VII.

Depuis 1541, la Compagnie de Jésus est toujours régie par un supérieur général qui, lui, est secondé par des conseillers généraux et des assistants régionaux. Sa devise latine est « Ad majorem Dei gloriam », ce qui signifie « Pour la plus grande gloire de Dieu » en français.

La spiritualité des jésuites repose principalement sur un texte écrit par Ignace de Loyola, les Exercices spirituels. Celui-ci a été rédigé d’après sa propre expérience de recherche de la volonté de Dieu. Il s’agit d’un guide de prière qui propose une démarche progressive de méditations et de contemplations.

L’organisation des jésuites est pour sa part règlementée par Les constitutions des jésuites. Élaboré par Ignace de Loyola et ses compagnons au XVIe siècle, puis publié en 1556, ce texte législatif affirme l’originalité de la Compagnie de Jésus et la distingue canoniquement des autres formes ecclésiales de vie consacrée.

Il faut savoir que l’engagement spirituel des membres de la Compagnie de Jésus est un peu différent de celui des autres religieux catholiques. Comme ces derniers, après leurs deux ans de noviciat, les jésuites prononcent les trois vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais ils professent en plus un autre vœu qui leur est propre : l’obéissance au souverain pontife. De plus, ils se contraignent à n’accepter aucune dignité ecclésiastique, à moins que le pape ne le leur intime de le faire.

Au cours de ses premières années d’existence, la Compagnie de Jésus s’est surtout consacrée à des activités missionnaires. Elle envoya d’ailleurs assez rapidement plusieurs de ses membres propager la foi en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe et en Océanie.

Cependant, dès 1547, elle ajouta l’enseignement à ses priorités, si bien que celui-ci devint son activité principale vers la fin du XVIe siècle. C’est ce qui explique que les jésuites soient à l’origine de nombreux collèges, écoles et universités à travers le monde.

Aujourd’hui, avec un peu moins de 19 000 membres répartis à travers la planète, la Compagnie de Jésus constitue numériquement la deuxième famille religieuse de l’Église catholique, tout de suite après l’ensemble des différentes branches franciscaines.

Le 13 mars 2013, à l’issue du deuxième jour de conclave, l’Argentin Jorge Mario Bergoglio est devenu le premier jésuite de l’histoire à être élu pape de la Sainte Église romaine. Il est également le premier pape à prendre le nom de François, nom choisi en souvenir de saint François d’Assise.

Pour découvrir la communauté jésuite du Québec : Jesuites.org

Les origines de la Compagnie de Jésus : l’œuvre d’Ignace de Loyola

La jeunesse

C’est à l’initiative d’Ignace de Loyola qu’est fondée en 1539 la Compagnie de Jésus. Né en 1491 au sein d’une famille noble, Ignace de Loyola grandit dans la commune d’Azpeitia au Pays basque. (À l’origine, il porte le nom d’Inigo, mais il changera ce dernier plus tard pour Ignatius, soit Ignace en français).

Orphelin de père et de mère à 15 ans, il est admis en 1506 comme page à la cour de Don Juan Velázquez, le trésorier du roi de Castille, où il passe une bonne part de sa jeunesse. En 1517, Ignace entre dans l’armée du Vice-Roi de Navarre, Don Antonio Manrique de Lara, deuxième duc de Nájera. Il y mène une belle carrière militaire jusqu’au jour où, au cours du siège de Pampelune, un boulet de canon français lui casse les jambes. Il est soigné par ses compatriotes et subit les opérations nécessaires, mais sa jambe droite, raccourcie de quelques centimètres, est définitivement handicapée.

Au début de sa convalescence, Ignace prend plaisir à lire les actes héroïques de la chevalerie. En peu de temps toutefois, il est gagné par l’ennui et cherche d’autres histoires à découvrir. Sa belle-sœur, une dévote qui ne possède aucun ouvrage romanesque, lui donne à lire des écrits à caractère religieux : La grande vie du Christ de Ludolphe le Saxon et La légende dorée de Jacques de Voragine, laquelle relate l’histoire de près de 150 saints. Faute de mieux, Ignace accepte ces suggestions et se lance dans leur lecture.

La conversion

Contre toute attente, Ignace est captivé par sa lecture et cela le conduit sur le chemin de la conversion. Il se met à s’imaginer accomplir d’innombrables faits héroïques pour la gloire de Dieu et ne songe plus qu’à adopter une vie d’ermite pour suivre les préceptes de saint François d’Assise et ceux d’autres grands exemples monastiques. Il décide qu’une fois guéri, il partira en pèlerinage à Jérusalem pour suivre les pas du Christ.

Ainsi, en février 1522, au terme de sa convalescence, il quitte la maison familiale et prend la route de la Terre sainte. En chemin, il s’arrête à l’abbaye bénédictine de Montserrat, près de Barcelone. Une nuit, dans un geste de rupture avec son ancienne vie, il accroche ses habits militaires et ses armes devant la statue de la Vierge noire. Il part ensuite pour Manrèse, en Catalogne, où il vit comme un ermite pendant un certain temps. C’est pendant cette période qu’il entame la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels, un ouvrage de méditation et de prière conçu d’après ses propres expériences. Puis, en 1523, il s’embarque à Barcelone pour la Terre sainte. Il fait une escale à Rome où il est béni par le pape Adrien VI.

Une fois arrivé à Jérusalem, Ignace décide d’y demeurer pour nourrir sa dévotion et aider ceux qui l’entourent. L’autorisation de le faire lui est toutefois refusée par les franciscains, qui jugent la situation trop précaire et dangereuse.

Fort déçu, il repart vers l’Europe où il entreprend une intense démarche scolaire. En 1524, il suit des cours de grammaire et de latin à Barcelone et, dès 1526, il se trouve suffisamment instruit pour suivre les classes de philosophie et de théologie à l’université d’Alcalá de Henares, qui se veut alors l’épicentre intellectuel de la région de Castille en Espagne. Après un bref passage à la prestigieuse université de Salamanque, il part pour Paris et y reste pendant sept ans.

La rencontre des premiers compagnons

C’est là que, entre 1528 et 1533, il s’adjoint six compagnons : Pierre Favre, François Xavier, Diego Lainez, Alonso Salmerón, Nicolás Bobadilla et Simón Rodríguez de Azevedo. Ces derniers sont tous fascinés par Ignace, par ses Exercices spirituels et sa manière originale de parler de la vie spirituelle. En chœur, ils décident de partager son idéal. Ainsi, en août 1534, à l’issue d’une messe célébrée à Montmartre, les sept hommes s’engagent à vivre une vie semblable à celle des apôtres. Ils prononcent les vœux de pauvreté et chasteté et promettent de se rendre en pèlerinage à Jérusalem dans les deux ans suivant la fin de leurs études pour y convertir les infidèles.

En 1535, Ignace tombe malade et ses médecins l’envoient faire une cure d’air natal. Cependant, avant de quitter ses compagnons, il leur fixe un rendez-vous à Venise pour le début 1537. Entre temps, le groupe élargit ses rangs. Trois Français se joignent au clan initial: le Savoyard Claude Jaÿ, le Picard Paschase Broët et le Provençal Jean-Baptiste Codure.

En juin 1537, Ignace et la plupart de ses compagnons sont ordonnés prêtres à Venise. Après cette étape importante, tous désirent partir pour la Terre sainte, mais la guerre entre Venise et les Turcs rend impossible tout passage vers la Palestine. Pour se rendre utile alors que se poursuit l’attente de Jérusalem, le groupe décide de se disperser dans les villes du nord de l’Italie pour prêcher la doctrine chrétienne.

Avant de se séparer, les compagnons se demandent toutefois quelle réponse ils offriront si, un jour, on leur demande ce qu’est leur communauté. Après réflexion, ils en viennent à la conclusion qu’ayant pour seul chef Jésus Christ, leur regroupement doit logiquement s’appeler Compagnie de Jésus. C’est donc en 1537 qu’apparait ce nom pour la première fois.

Au service du pape

À l’automne 1538, toujours dans l’impossibilité de se rendre à Jérusalem, le groupe de compagnons décide de se mettre à la disposition du pape pour qu’il les envoie là où il estime que leur présence est la plus utile. En novembre 1538, Paul III leur ordonne de travailler à Rome et, dès lors, la Compagnie de Jésus commence à s’esquisser.

Pendant plusieurs mois, les compagnons délibèrent de la forme à donner à leur action. À la fin de l’été 1539, Ignace, Codure et Favre écrivent l’ébauche du texte qui régira plus tard leur organisation: La prima Societatis Jesu instituti summa. Le 3 septembre 1539, le pape Paul III en approuve verbalement le contenu, puis, le 27 septembre 1540, il autorise la création d’un nouvel ordre religieux en signant la bulle pontificale Regimini militantis ecclesiae.

En 1541, malgré ses protestations, Ignace est élu premier supérieur général de la Compagnie de Jésus. Au cours des années qui suivent, il s’applique à rédiger le premier texte législatif de l’Ordre, Les Constitutions (qui ne seront d’ailleurs pas tout à fait achevées à sa mort) et fait officiellement approuver le livre Exercices spirituels par le pape. Parallèlement, il entretient une correspondance suivie avec ses compagnons ainsi qu’avec des dirigeants politiques, des religieux haut placés et des bienfaiteurs de la Compagnie. Il envoie également des théologiens au Concile de Trente et destine des missionnaires dans des pays d’outre-mer comme l’Inde, le Japon, le Brésil, l’Éthiopie, etc. Dans le même esprit, il mandate plusieurs jésuites comme missionnaires pour créer un réseau d’écoles, de collèges et de séminaires à travers l’Europe.

À ce sujet, il faut savoir que l’instruction des jeunes ne figure pas dans les priorités initiales du fondateur de la Compagnie de Jésus, car la grande mobilité à laquelle Ignace aspire pour les compagnons semble s’opposer au travail quotidien et institutionnel d’un enseignant. Cependant, lorsque les demandes réclamant des établissements d’enseignement se mettent à affluer de toute l’Europe, Ignace y voit l’intervention de l’Esprit. Il décide alors de concentrer une grande partie de ses effectifs dans les collèges. En 1548, un premier collège est fondé par les jésuites à Messine en Italie. En 1551, il est suivi du Collège romain, qui deviendra plus tard l’Université grégorienne.

Le 31 juillet 1556, Ignace de Loyola meurt à l’âge de 65 ans. À cette date, la Compagnie de Jésus compte déjà plus de mille membres.

Le 12 mars 1622, le pape Grégoire XV canonise Ignace de Loyola en même temps que son grand ami François Xavier.

En quoi consiste l’enseignement des jésuites?

Ratio studiorum

L’éducation est l’un des piliers fondateurs de la Compagnie de Jésus. À la mort d’Ignace, celle-ci dirige déjà une quarantaine d’écoles et de collèges. Son réseau scolaire se développant rapidement à travers l’Europe et même sur d’autres continents, la Compagnie décide de coordonner son effort pédagogique et de définir les principes communs à tous ses collèges.

Ainsi, à l’aube ou presque de leur histoire, les jésuites mettent par écrit une méthode d’enseignement et d’apprentissage sous le titre Ratio studiorum. Publié en 1599, cet ouvrage est destiné aux enseignants et aux cadres administratifs. Le degré de précision de l’ensemble de ses rubriques est saisissant : on y indique avec un grand soin la division des classes, les matières de l’enseignement, les devoirs et les fonctions de chaque professeur. En somme, le Ratio précise à chacun ce qu’il a à faire et ce à quoi il doit être attentif.

Au fil des siècles, quelques modifications légères ont été apportées au document, mais son esprit général n’a jamais changé. La dernière mise à jour a eu lieu en 1987. En français, le texte porte le titre Les caractéristiques de l’éducation jésuite.

Le parcours scolaire à l’époque du Ratio studiorum

À l’époque du Ratio studiorum, le parcours scolaire des élèves fréquentant les établissements jésuites débute par quatre années de grammaire. Ils apprennent alors à lire, à écrire et à parler le latin. Souvent, ils s’initient aussi aux rudiments du grec et, parfois, ils étudient les sciences.

Puis, les élèves passent à la classe d’humanités. Ils se plongent alors dans la littérature latine et grecque, ce qui leur permet de mieux comprendre ce que sont l’Homme, l’humanité et la culture. Vient ensuite la classe de rhétorique. C’est dans le cadre de celle-ci que les jeunes sont appelés à se révéler comme orateurs en s’inspirant de la prose, de la poésie et de l’éloquence des grands maîtres de l’Antiquité. Au terme de ce parcours, les élèves qui le désirent peuvent accéder à l’enseignement supérieur et s’intéresser à des sujets comme la philosophie et les sciences.

À cette époque, la part de l’enseignement magistral est très sommaire, la majorité de l’horaire étant consacrée aux exercices. Ceux-ci prennent toutes sortes de formes : mémorisations des déclinaisons, des conjugaisons ou des textes littéraires, exercices d’application des versions et des thèmes, transposition d’extraits de poésie en prose et inversement, etc. Les élèves se font mutuellement réciter leurs leçons et corrigent réciproquement leurs exercices, ce qui leur permet de découvrir les tenants du travail en équipe.

Pendant longtemps, le théâtre, presque toujours associé à la musique, au chant et à la danse, est très présent dans la pédagogie jésuite. Les pièces travaillées, d’ordinaire écrites par les enseignants, sont souvent inspirées de l’Antiquité et de l’histoire du christianisme. Généralement jouées en latin devant de vastes publics, elles constituent des divertissements courus dans les cités.

L’éducation jésuite comprend également un programme de sports et d’éducation physique bien articulé, car aux yeux des pères, les activités sportives ne fortifient pas seulement le corps, elles permettent aussi aux jeunes d’apprendre à accueillir les succès avec circonspection et d’accepter les échecs avec élégance.

Les principes clés de la pédagogie jésuite

Chez les jésuites, la pédagogie ne se limite pas au strict apprentissage des connaissances; au contraire, elle dépasse la maîtrise de disciplines académiques. Largement empreinte d’un esprit humaniste, son ambition est de permettre la poursuite du développement intellectuel, sensoriel et corporel de chaque élève pour qu’il atteigne la pleine mesure de ses talents et qu’il puisse les déployer.

Établie à partir de l’intuition spirituelle d’Ignace de Loyola, l’approche éducative jésuite (souvent appelée modèle ignatien) repose sur l’amalgame de cinq notions clés : le contexte, l’expérience, la réflexion, l’action et l’évaluation.

Le contexte : dans les établissements jésuites, une attention particulière est portée à chaque personne. On tient compte du contexte particulier de tous les élèves (économique, familial, culturel, etc.) et on adopte à leur égard une attitude d’encouragement et de soutien pour leur permettre de se sentir en confiance et d’atteindre le meilleur d’eux-mêmes.

L’expérience : par leur enseignement enthousiaste, les jésuites veillent à ce que les élèves dépassent leurs perceptions intellectuelles, développent leur curiosité et éprouvent de l’intérêt et des sentiments de nature affective pour l’apprentissage.

La réflexion : réfléchir est un acte encouragé par les jésuites. Cela permet de comprendre plus clairement les éléments étudiés, de mieux se connaître et de se forger des opinions personnelles. Dans la pédagogie jésuite, les enseignants posent les fondements de l’apprentissage en introduisant les élèves aux pratiques et aux techniques de la réflexion.

L’action : l’éducation jésuite veut conduire l’élève à faire des choix de vie personnels à la suite de son propre ressenti. Elle le pousse à intérioriser ses valeurs et à s’engager dans la voie qui lui semble la meilleure.

L’évaluation : d’après la pédagogie jésuite, l’évaluation des élèves ne doit pas se limiter à l’évaluation purement théorique; elle doit tenir compte de leur croissance humaine et de leur évolution. Dans le même esprit, les jeunes doivent apprendre à s’évaluer eux-mêmes et à tenir compte du profit qu’ils tirent des décisions qu’ils prennent.

En somme, la tradition pédagogique jésuite fait appel à l’engagement de l’élève dans l’acquisition des connaissances, en recourant à l’expérimentation, aux exercices et à la réflexion. Il s’agit d’une éducation qui encourage la qualité des démarches à faire. Elle cherche à mener le jeune au maximum de ses possibilités tout en l’incitant à dialoguer avec les autres afin de favoriser l’enrichissement de tous.

Le saviez-vous?

Les jésuites sont à l’origine du modèle éducatif de l’enseignement secondaire moderne, tel qu’il fonctionne aujourd’hui au Canada et dans la plupart des pays du monde. Ce sont eux qui ont imaginé ce système où les élèves sont regroupés par niveaux de compétence, en classes, et où le temps scolaire est fixe et rythmé par la succession des matières ainsi que l’alternance de cours magistraux et d’exercices.


Bibliographie