Philippe Fournier est professeur de sciences politiques au Collège Brébeuf et détenteur d’un doctorat en relations internationales de la London School of Economics. C’est un passionné à la fois des idéologies politiques et des États-Unis, domaines auxquels il s’intéresse depuis plus de 15 ans.

Il est l’auteur de « Idéologies et polarisation aux États-Unis », publié aux Presses de l’Université de Montréal. Cet ouvrage accessible et destiné au grand public traite des transformations importantes des États-Unis et de l’extrême polarisation culturelle et politique qui prévaut aujourd’hui sous le prisme des inégalités socioéconomiques et du racisme. 

Nous avons rencontré Philippe Fournier pour qu’il nous parle de l’ouvrage, de son parcours professionnel et de ses souvenirs du Collège Brébeuf, en tant qu’étudiant. 

Un ouvrage de synthèse accessible  

« Mes thèses de maîtrise et de doctorat portent en grande partie sur les États-Unis », nous dit Philippe Fournier. « C’est un sujet qui me passionne depuis plus de 15 ans », et « j’ai donné des cours à l’université sur la vie politique américaine et j’en parle dans mes cours au collégial », précise-t-il. 

De plus, son deuxième champ d’intérêt est l’étude des idéologies politiques, domaine qui « s’attarde à la manière dont les idées se forment et évoluent, mais aussi au rôle qu’y jouent l’affect et les contextes social, économique et culturel ». 

En tant que chargé de recherche section États-Unis et les Amériques au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), il a pu approfondir son expertise et est devenu l’une des références au Québec sur le sujet. Pendant plus de quatre ans, il a rédigé des « rapports de recherche sur les États-Unis, du libre-échange à la polarisation politique en passant par les frasques quotidiennes de Donald Trump », nous dit-il. Son rôle consistait également à intervenir régulièrement dans les médias, notamment en tant que chroniqueur à Radio-Canada, à l’émission du matin et au 15-18

C’est pourquoi, à la demande du CÉRIUM, Philippe Fournier a écrit l’ouvrage « Idéologies et polarisation aux États-Unis ».

« Mon travail au CÉRIUM a vraiment contribué à la recherche puis à la rédaction du livre et à l’élaboration de l’argumentaire », nous dit-il. « C’est en quelque sorte un résumé de mes cours, du suivi de l’actualité au quotidien condensé dans un petit format, le plus accessible possible, une entrée en matière autant pour le collégial et l’université que pour le grand public », précise-t-il.

Enfin, l’objectif principal de l’ouvrage est vraiment de contextualiser la polarisation aux États-Unis. Son approche est de passer par les idéologies et les idées plutôt que par les sondages d’opinion. En effet, ces derniers « ne font que nous brosser un tableau général des positionnements politiques sans nécessairement expliquer le contexte et la trajectoire, et pourquoi les gens en viennent à penser ce qu’ils pensent, et à voter pour qui ils votent », précise-t-il.

Entre enseignement et recherche 

Philippe Fournier a passé près de 8 ans au Royaume-Uni dans le cadre de ses études universitaires. Mais il ne se voyait pas s’y établir. Après une courte expérience à Toronto dans le monde de la finance, il a été, pendant près de 11 ans, chargé de cours à l’UQAM, à McGill et à l’Université de Montréal. 

Alors qu’il était chargé de recherche au CÉRIUM, Philippe Fournier a rencontré Jano Bourgeois, professeur en sciences politiques à Brébeuf, qui demeurait régulièrement en contact avec le centre de recherche, au même titre que d’autres professeurs du Collège. Il lui avait déjà fait part de son intérêt pour l’enseignement au collégial. Après avoir fait un remplacement en 2017, il a été recruté comme professeur en 2021 et vient de compléter sa deuxième session, en présentiel, après celle d’hiver 2021 en ligne. 

De plus, pour lui « c’est un passage tout naturel en quelque sorte. Je suis déjà dans le quartier depuis longtemps », entre le Collège Notre-Dame, Brébeuf et l’Université de Montréal. Il était destiné à travailler dans le quartier! 

Comme tous les nouveaux professeurs au Collège Brébeuf, il vient de recevoir les résultats de ses évaluations auprès de ses étudiants. « Cela s’est très bien passé. Ils ont apprécié le cours. Ils ont pris la peine de le mentionner et de donner des détails sur ce qu’ils aimaient », dit-il avec fierté. 

Cette session, il n’avait que deux groupes d’étudiants et il a continué à enseigner à l’Université de Montréal, en parallèle. La prochaine session, il sera chargé de cinq groupes, soit « un peu plus que la normale », précise-t-il. 

Mais cela lui laissera quand même du temps pour continuer à écrire. « On est toujours chercheur dans l’âme d’une certaine façon. J’ai bon espoir de continuer à produire des textes. J’ai envie de communiquer les choses de façon claire et de transmettre », conclut-il. 

À ce propos, il donnera une conférence éducative en ligne le lundi 10 janvier sur le sujet de son livre. Pour en savoir plus et s’inscrire.

Un étudiant impliqué au Collège Brébeuf 

Philippe Fournier est un ancien du Collège Brébeuf. Il a obtenu son diplôme en sciences humaines en 1997. Il conserve de très bons souvenirs de cette période, notamment en ce qui concerne la qualité et la compétence de ses professeurs. Il se souvient notamment de Gilles Guindon, professeur d’économie qu’il a eu la chance de revoir avant son départ à la retraite en juin dernier, un « homme généreux et chaleureux ». 

Ses deux champs d’intérêt étaient à l’époque la philosophie et la littérature. « J’ai appris à structurer ma pensée. J’ai beaucoup aimé mes cours de philosophie. Il y en avait quatre. Cela m’a beaucoup aidé », nous dit-il. Il a également consolidé ses savoirs de base et a développé sa capacité d’organisation et d’expression.

De plus, cette période au collégial a été pour lui « un moment d’éveil politique ». « J’ai organisé des événements pour témoigner de la solidarité de certains étudiants du Collège » face aux mouvements de grèves qui ont touché plusieurs cégeps, en 1996. « Je me souviens d’ailleurs de ces assemblées étudiantes endiablées », nous dit-il avec nostalgie. 

« Alors même que j’étais en sciences humaines, je fréquentais les étudiants du programme Arts, lettres et communication, notamment plusieurs personnes qui sont devenues plus tard des comédiennes et des comédiens connus », se souvient-il. 

Enfin, il appréciait « la bonne camaraderie. On était plusieurs à avoir fait le saut du collège Notre-Dame à Brébeuf. J’avais beaucoup d’amis. C’était libérateur d’être au collégial, on était bien contents d’être là. Surtout la première session quand on est arrivé, on pouvait s’habiller comme on voulait, sans uniforme », conclut-il avec le sourire.